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La radicalisation est le résultat d’une conjonction de facteurs liés à l’individu, ses relations, sa communauté, la société.

La radicalisation est le résultat d’une conjonction de facteurs. Alors que de nombreux experts s’intéressent aux parcours des personnes radicalisées, la pluralité de leurs analyses atteste de la complexité du phénomène.  

Un phénomène d’une grande complexité

Les études récentes adoptent une approche plurielle pour expliquer la radicalisation. Elles analysent un ensemble d’éléments liés à l’individu et s’attachent aux parcours de vie en cherchant à repérer comment, pas à pas, une personne finit par s’intéresser à un ensemble de croyances, à y adhérer, à accepter le principe de l’action violente, à s’engager, voire à passer à l’acte. S’il existe des profils reconnaissables, intéressants à identifier pour développer des stratégies de prévention et de prise en charge de la radicalisation, il reste que les explications sociologiques portant sur l’âge, les conditions sociales, le niveau d’instruction ou d’insertion économique, ne sont pas déterminantes. À situation égale, seule une minorité d’individus s’engagera dans le processus de radicalisation. 

Étudier une conjonction de facteurs

Ainsi, l’approche multiple se penche simultanément sur un ensemble de facteurs qui se jouent à la fois au sein de l’individu, de ses relations, de sa communauté et de la société. Dans son rapport à lui-même, un individu peut être fragilisé par des épisodes de sa vie adolescente, un faible engagement social ou une psychopathologie. Un parcours délinquant, un manque de repères culturels ou un traumatisme constituent aussi des facteurs auxquels les experts sont attentifs. Du point de vue des relations extérieures, un intérêt sera porté à l’éventuelle appartenance à un groupe, une fratrie ou un réseau, et la place de l’individu au sein de ce groupe définira son importance. Est-il ou non un leader charismatique ? La communauté, religieuse par exemple, jouera également un rôle, selon qu’elle isole et/ou relaie un discours extrémiste. Enfin, certains aspects sociétaux seront pris en compte dans l’approche : situation géographique, sentiment de marginalisation, quête identitaire (valeurs et culture).

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Un terreau favorable lié à une vulnérabilité psychologique

Si ces différents facteurs doivent être croisés et analysés conjointement, certains traits saillants dans la personnalité ou les aspirations de l’individu ont toutefois été mis en évidence pour identifier une possible radicalisation : fascination pour la violence, aspiration à rejoindre une élite, quête de spiritualité, néoromantisme mortifère, réponse à un traumatisme, etc. Malgré tout, il n’existe pas de critère fixe permettant de reconnaître clairement le passage à la radicalisation. Seuls certains signes se révèlent constants parmi les jeunes perméables aux discours radicaux. Le plus significatif est leur fragilité psychologique, qui se traduit par une auto-dévalorisation et un certain mal-être. La propagande djihadiste comblerait alors le « vide » qu’ils ressentent. La radicalisation devient une fuite en avant destructrice – voire entraînant la mort – pour eux-mêmes et pour les éventuelles victimes de leurs actes. Bien sûr, toute personne fragile n’est pas un terroriste en puissance, mais cette vulnérabilité psychologique peut devenir un signe nécessitant une attention particulière de l’entourage.

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De la quête de sens ou d’un idéal au rejet de la société

Les experts – politologues, sociologues, anthropologues, etc. – débattent régulièrement des facteurs expliquant le passage à la radicalisation. Pour certains, les jeunes radicalisés ou en voie de l’être sont à la recherche d’un idéal qui les valorisera. Les recruteurs placent d’ailleurs au cœur de leur propagande ce besoin de trouver sa place, une quête de sens, d’être utile. Le radicalisé a le sentiment de participer à une cause noble et glorieuse, qui fait de lui un « héros » et rachète sa vie passée, parfois délinquante. D’autres spécialistes affirment, eux, que la radicalisation prend racine dans le rejet des valeurs de la société occidentale. Les jeunes perméables aux discours radicaux se sentent souvent rejetés par la société, un rejet qu’ils vont intérioriser et retourner vers l’autre. Ils repoussent ainsi les valeurs intellectuelles et morales de la société, qu’ils estiment vides de sens. Avec la radicalisation, la haine de soi devient la haine de l’autre. La figure d’un « héros négatif » émerge : le jeune insignifiant devient mondialement connu et retrouve une illusion de dignité. 

Pour aller plus loin

Les moyens déployés pour prévenir la radicalisation

La prévention de la radicalisation passe par la mobilisation d’un réseau solide autour des cibles des recruteurs djihadistes et par des actions à différents niveaux :

  • Au niveau de l'individu : accroître ses compétences personnelles, mettre l'accent sur une pratique religieuse apaisée, développer son sens critique.
  • Au niveau de l'environnement relationnel : former les proches (famille, amis) et l’entourage (professeurs, travailleurs sociaux, imams...) pour les sensibiliser au problème de la radicalisation et leur donner les moyens de l'identifier et de la prévenir.
  • Au niveau de l'environnement communautaire : briser l'isolement et promouvoir l'intégration des individus et de la communauté, en évitant la stigmatisation.
  • Au niveau sociétal : contrer les discours djihadistes, notamment sur internet.

Lire aussi « La réponse publique en matière de désendoctrinement et prévention en de la radicalisation »

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