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La radicalisation djihadiste est le résultat d’un processus évolutif et non d’un « basculement » soudain.

Radicalisation et terrorisme

Le mot « radicalisation » vient du latin radix, qui signifie « aller à la racine ». Elle peut être définie, selon le sociologue Farhad Khosrokavar, comme étant « le processus par lequel un individu ou un groupe adopte une forme violente d’action, directement liée à une idéologie extrémiste à contenu politique, social ou religieux qui conteste l’ordre établi sur le plan politique, social ou culturel ».

Elle suppose donc l’adoption d’une idéologie – religieuse ou non – qui donne à l’individu un cadre de vie, des repères guidant l’ensemble de ses comportements et qui peut le conduire à accepter l’action violente. Cet engagement radical le pousse à rejeter les valeurs de la société dont il est issu et à considérer ses compatriotes comme des ennemis.

Jusqu’aux attentats du 11 septembre 2001, l’engagement violent était assimilé au terrorisme. En effet, les analyses sur le sujet posaient davantage la question du « pourquoi » et cherchaient à établir des profils types. L’émergence de la question du « comment » et donc du processus qui en découle intronise le concept de « radicalisation » comme une notion complémentaire à celle du terrorisme.

Qui sont les personnes concernées par la radicalisation ?

Depuis la mise en place du Centre National d’Assistance et de Prévention de la Radicalisation et de son numéro vert 0800 005 696 mi-2014, plus de 21 000 personnes ont été signalées pour leur  radicalisation effective. Les données sociologiques sur ces personnes indiquent des tendances lourdes mais aussi une diversité des profils qui déjouent les explications simplistes. Il n’y a donc pas de profils types. La radicalisation reste le résultat d’un processus évolutif et non d’un « basculement » soudain. Elle est la conséquence de cheminements personnels et il n’existe pas d’explications systématiques à ces parcours.

Signalements des radicalisés en France en 2019 :

  • 22% sont des femmes ;
  • 27% de convertis ;
  • moins de 3 % de mineurs ;
  • cas signalés sur TOUT le territoire, avec des concentrations variables ;
  • CSP : classes populaires, classes moyennes voire moyennes supérieures ;
  • personnes déscolarisées ou faiblement diplômées jusqu’à parfois des diplômés du niveau supérieur ;
  • publics concernés : individus isolés, fratries, groupes d’amis, familles entières ;
  • souvent parcours de délinquance mais aussi sans casier judiciaire.

== > Il n’y a pas de profil type. Un doute, une question ? La radicalisation, parlons-en.

Pour comprendre le processus de radicalisation d’une personne, il faut s’intéresser à son parcours de vie et aux multiples facteurs qui peuvent expliquer les raisons pour lesquelles elle s’intéresse puis adhère à un corpus de croyances qui la conduise à accepter, progressivement, le principe de la violence.

L’analyse de ces trajectoires de vie a pu mettre en avant quatre grands facteurs de compréhension du phénomène :

  • ce qui se joue au sein de l’individu (son histoire personnelle, ses diverses vulnérabilités) ;
  • au sein du groupe, dans son organisation et son mode de fonctionnement (dynamique de groupe, présence d’un leader plus ou moins charismatique) ;         
  • dans la communauté (question de l’intégration, perception identitaire, présence de facteurs de propagande, de rabatteurs ou recruteurs) ;   
  • dans la société (situation socio-économique, inscription géopolitique, contexte historique).

La radicalisation djihadiste

Parmi les facteurs à prendre en compte pour appréhender la radicalisation djihadiste, il y a celui du contexte historique dans lequel le développement de l’idéologie djihadiste s’inscrit.

Le discours djihadiste se présente comme une contre-culture en opposition avec ce qui est perçu comme une culture dominante. Il cherche à créer un sentiment identitaire fort et un clivage entre la « population musulmane » et le reste de la population :

  • idéologie politico-religieuse ancrée dans la violence ;
  • perception identitaire exclusive et porteuse de haine ;
  • discours victimaire et complotiste ;
  • proposition d’un imaginaire à la fois religieux et eschatologique (Fin des Temps) ;
  • usage des médias traditionnels et d’Internet sous toutes ses formes (blogs, sites, vidéos, réseaux sociaux, forums, chats).

Bien que la complexité du phénomène ne permette pas de dresser de profil-type, les récentes recherches ont permis de mettre en évidence des traits saillants de ce type de radicalisation :

  • fascination pour la violence (glorification du guerrier)  ;
  • volonté de rejoindre une élite (notion du héros) ;
  • réponse à un traumatisme  ;
  • quête de spiritualité et/ou de rédemption ;
  • problèmes psychologiques ou psychiatriques.
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