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Longtemps perçues comme majoritairement « passives » et « naïves », les femmes radicalisées ont souvent été considérées comme des « victimes » des groupes extrémistes. Les représentations classiques de l’implication des femmes tendaient à les écarter des mouvements de radicalisation menant à la violence. Or, les femmes qui se radicalisent et/ou qui rejoignent ces groupuscules violents sont impliquées. L’imaginaire collectif et le biais interprétatif induisent, à tort, que les femmes sont totalement dépourvues d’une nature violente à l’instar des hommes. Or, elles se révèlent être, dans de nombreux cas, actrices et complices des actes commis par les organisations terroristes.

Quel(s) rôle(s) pour les femmes ?

Bien que leur place au sein de groupes djihadistes soit différent de celui des hommes, il n’en demeure pas moins que les femmes y jouent un rôle prépondérant :

  • Être une épouse : s’astreindre aux tâches domestiques (ménage, cuisine etc.)
  • Être mère : fonction reproductrice pour assurer la descendance et l’idéologie djihadiste. Elles se doivent aussi d’assurer l’éducation de la progéniture djihadiste.
  • Soutien logistique : des études ont montré que beaucoup de femmes ont participé à la cause djihadiste en promouvant son idéologie, en diffusant des messages de propagande et en incitant les autres femmes à venir grossir les rangs des groupes terroristes.

Bien que la doctrine djihadiste n’autorise que rarement les femmes à combattre, elles sont, toutefois, initiées au maniement des armes et pourraient prendre part au combat armé si la situation l’exigeait. Les nombreuses pertes territoriales des djihadistes au Levant ont, par ailleurs, incité Daech à faire appel aux femmes pour combattre.

Cette organisation au sein des groupes djihadistes comme Daech condamne la majorité des femmes à multiplier les périodes de veuvage et de remariage du fait des attentats-suicides de leurs maris et les contraignent à faire de leurs enfants, de futurs candidats à la mort.

 

Qui sont ces femmes qui se radicalisent ?

La complexité du phénomène de la radicalisation ne permet pas d’établir de profil type, y compris pour les femmes.

Toutefois, les différents praticiens s’accordent sur l’existence de similarités dans l’engagement de ces femmes en parvenant à distinguer trois types de motivations :

  • Conception « romantique » et idéalisée de la société : ces femmes, souvent jeunes, rejettent la société dans laquelle elles vivent et adhèrent au modèle de société proposée par l’idéologie djihadiste où la femme est exclusivement cantonnée au rôle d’épouse et de mère. Par le mariage et la maternité, elles acquièrent un statut social reconnu qui vient combler le manque de repères qu’elles pouvaient avoir. Ce statut procure à certaines un sentiment d’émancipation, sorte de rite de passage à l’âge adulte. D’autres nourrissent le fantasme du « prince charmant » où le djihadiste apparait, dans leur imaginaire, comme un « héros » des temps modernes.

Parmi ces jeunes femmes – celles parties/revenues de zone de combat – nombreuses sont celles qui témoignent de leurs désillusions et des mensonges que la propagande djihadiste revêt.

  • Fuir un traumatisme : ces jeunes femmes peuvent avoir subi des violences – maltraitances physiques, viols etc. – souvent à l’intérieur de leur foyer. A travers l’embrigadement, elles cherchent à rompre avec la souffrance vécue et conçoivent cette démarche comme un moyen de se purifier des traumatismes infligés. Toutefois, le lien entre violences subies et radicalisation n’est pas automatique et ne constitue pas la cause majeure d’enrôlement des femmes vers des idéologies extrêmes.
  • Volonté de combattre : elles représentent une minorité et leur rapport à la violence tranche avec celui des autres femmes qui s’engagent dans des groupes extrémistes. Elles sont animées par l’envie de prendre les armes et d’aller combattre. Sur zone de combat, elles apprennent le maniement des armes et se spécialisent dans l’asservissement des autres femmes.
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