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La radicalisation est le fruit d’une conjonction de facteurs, l’apparence physique ou vestimentaire ne constituant pas un élément suffisant pour identifier une situation de radicalisation. Le processus de radicalisation traduit l’adhésion à une idéologie extrémiste qui peut conduire à la violence.

Certains indicateurs doivent toutefois alerter l’entourage sur un processus potentiellement engagé et l’inciter à demander des conseils auprès de la plateforme du Numéro Vert.

Un phénomène d’une grande complexité

Identifier un processus de radicalisation n’est pas toujours évident. Les réseaux de recrutement, virtuels ou physiques, encouragent leurs membres à dissimuler leurs actions. La navigation sur des sites radicaux s’effectue ainsi souvent à l’insu de l’entourage. Les personnes radicalisées usent également de divers stratagèmes pour ne pas éveiller les soupçons quant à leurs intentions, notamment leur velléité de départ, et pour échapper à la surveillance des services spécialisés de la police ou de la gendarmerie.

En outre, identifier un processus de radicalisation ne se fait pas sur la base d’un seul indice mais d'un faisceau d’indicateurs. Ces indicateurs n’ont, par ailleurs, pas tous la même valeur et seule la combinaison de plusieurs d’entre eux, de manière contextualisée et avec discernement, permet d’établir un constat. Ces signes sont parfois liés à la personnalité de l’individu, aux relations qu’il entretient avec son entourage, sa communauté et la société dans laquelle il vit. Ils peuvent être classés en trois catégories :

  • les ruptures,
  • l’environnement personnel,
  • les théories et discours.

Les ruptures

La rupture avec l’environnement quotidien est l’un des indicateurs essentiels du processus de radicalisation. L’individu modifie brutalement ses habitudes, rompt avec ses amis, l’école, son milieu professionnel voire avec ses proches pour se consacrer à une relation exclusive avec un groupe et sa « mission ».

De même, les changements d’apparence physique ou vestimentaire peuvent constituer un indicateur, non suffisant cependant. Toutefois, l’évolution est souvent camouflée du fait d’une incitation croissante à la dissimulation.

La manifestation d’une pratique religieuse radicale, démonstrative et éloignée de la pratique familiale peut elle aussi être un indice : extension d’interdits alimentaires à l’entourage, retrait ou destruction de photos, obsession pour certains rituels…

L'environnement personnel

Le contexte social et familial constitue également l’un des indicateurs d’évaluation d’une radicalisation. L’absence ou le rejet parental, une situation familiale difficile ou bien des violences intrafamiliales peuvent amener l’individu à rechercher un nouveau cadre ou une « nouvelle famille ». De même, l’environnement social dans lequel évolue l’individu peut favoriser une radicalisation : un individu en situation de fragilité scolaire, économique ou sociale, parfois vécue comme une injustice, cherchera une place dans la société. C’est d’ailleurs l’un des principaux leviers des recruteurs qui séduisent en offrant un cadre, le sentiment de rallier une cause et d’être utile à l’intérieur d’un groupe. Les individus les plus influençables, en quête d’un « idéal », sont les premiers touchés par le phénomène de la radicalisation, surtout lorsqu’ils sont en situation d’instabilité, de recherche d’une reconnaissance identitaire ou affective et de valorisation. Enfin, les réseaux relationnels (famille, amis, collègues...) déjà inscrits dans un processus de radicalisation peuvent évidemment influencer et inciter une personne à se radicaliser.

La radicalisation doit cependant être distinguée, sauf exceptions, du processus d’emprise sectaire.

Les théories et discours

Théories et discours sont très présents dans le processus de radicalisation notamment djihadiste. L’individu radicalisé a tendance à répéter de façon stéréotypée et/ou provocatrice l’ensemble de la rhétorique radicale et propagandiste, puisée le plus souvent sur internet :

  • Le discours « victimiste » transforme les blessures réelles ou imaginées en sentiment de préjudice. L’individu se sent victime. Dans le cadre du djihadisme, la personne pense que la société en veut à la religion musulmane. 
  • Le complotisme est une théorie qui récuse de manière systématique la version communément admise d’un événement et cherche à démontrer que celui-ci résulte d’un complot fomenté par une minorité active. Le complotisme conforte une représentation de soi victimaire et légitime la violence comme réponse.
  • Le discours communautariste peut participer lui aussi à la radicalisation. Placée hiérarchiquement au-dessus des autres, la communauté exige une totale cohésion de ses membres dans la quasi-totalité des aspects de leur vie. Ce discours conduit progressivement à se séparer du reste de la société. La revendication identitaire, nourrie par un sentiment d’humiliation et/ou d’injustice, peut alors susciter une envie de revanche, voire de vengeance contre la société rendue responsable.
  • Le discours messianique/eschatologique s’apparente à la croyance en la Fin des Temps où les adeptes considérant que la fin du monde est proche, s’estiment dans l’obligation de prendre part au « dernier combat » contre les « forces du mal ». L’obsession à l’égard de ce genre de discours peut être révélatrice d’une adhésion à l’idéologie djihadiste.
  • L’apologie de la violence en général et du terrorisme en particulier, les menaces, l’agressivité des propos ou des gestes constituent des indicateurs importants.
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